Paris : le camps de réfugiés du métro La Chapelle

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Les tentes s’empilent sous les rails du métro dans le 18ème arrondissement de Paris (crédits : HERVE LEQUEUX POUR LE MONDE)

En plein coeur de Paris, un campement de réfugiés vit au jour le jour, entre les stations de métro Barbès Rochechouart et La Chapelle. Mais bientôt, le camps va être évacué.

« Hey mademoiselle, une pièce s’il vous plait. » « Non ! » L’homme accoste tous les passants. Son français est loin d’être parfait. Accoudé à la barrière sur le trottoir d’en face, entouré de tentes Quechua vertes et bleue, il mendie. Tous les 10 mètres, un de ses compagnons fait de même, sous le pont aérien du métro 2, entre les stations Barbès Rochechouart et La Chapelle. Par terre, se trouve des gamelles blanches, oranges ou noires, posées sur des cagettes ou à même le sol. Il est écrit à la main, sans aucune faute d’orthographe, « une pièce pour manger s’il vous plaît. »  A l’intérieur, la ferraille jaune s’accumule. Le campement est difficile à trouver, caché en dessous d’un métro, entre deux plots. L’odeur d’urine y est insupportable et pourtant depuis juillet, de nouvelles personnes arrivent sans cesse.

Une centaine de tentes s’entassent sous le métro

Une nouvelle journée commence. C’est le matin, il est 11h. Les tentes sont ouvertes depuis bien longtemps. On en compte environ une centaine à s’entasser les unes sur les autres sur les graviers blancs. Certaines sont inutilisables, cassées ou trop sales. Un grand nombre d’homme y vivent, les femmes sont moins nombreuses tout comme les enfants. Les quelques uns s’amusent à tirer des valises où ils manquent une roulette. La terre blanche a sali leur tenue noire. Ils ne regardent pas les passant, plus occupés à jouer et se divertir. Même le bruit assourdissant du métro ne semble pas les déranger. Un peu plus loin, un homme plus âgé sort d’un sac un cahier. Il écrit. Il vient d’Afrique mais d’où ? Il ne souhaite pas en parler. Pendant ce temps, dans le square La Chapelle juste en face, un groupe fait sa toilette. A l’aide d’une glacière jaune et bleue et de la fontaine, ils s’aspergent tour à tour le visage. Autour de la table de ping pong, leur tee shirt sont entrain de sécher. D’autres semblent attendre que la place se libère. Ils se sont regroupés en petit cercle. Leur discussion se fait doucement.

Les photos du camps sont interdites

La « petite Sangatte », comme l’appelle les riverains, est située en plein coeur de Paris. Sur l’avenue La Chapelle, les grands immeubles assez bien entretenus contrastent avec les tentes et les exilés. Certains n’acceptent pas les photos. Un homme, lunette de soleil et chemise à carreaux bleu assis contre la barrière, interpellent ceux qui veulent immortaliser la situation. D’un anglais assez correct, il explique que les photos sont interdites. « Vous ne pouvez pas prendre en photo » « Pourquoi ? » « C’est comme ça, c’est interdit, bye. » Il est juste possible d’immortaliser le métro qui passe et de regarder discrètement le camps s’animer. Seuls les non habitués s’étonnent de voir ces personnes dans ce coin du 18ème arrondissement. Les riverains ne semblent pas impressionner devant le nombre d’habitants et de tentes. « Que voulez qu’on fasse ? » soupire une riveraine. Les dames en charriot à roulette passent devant le campement sans même tourner la tête. A deux pas ce ceux qui demandent de l’argent pour manger, se trouve le marché en dessous du métro Barbès. Il a lieu tous les samedis. Grand, animé et coloré, les mendiants ne s’y risquent pas. Ils restent en bordure et discutent entre eux. L’association France Terre d’Asile et Emmaüs ont distribué cet hiver les repas du soir. Une Chorba pour tous offre quelques fois les repas du midi. Le reste du temps, les habitants doivent se débrouiller. Mais la ville de Paris a décidé de démanteler le campement par peur d’épidémie.

Dans le métro au dessus de leur tête, des chanteurs font aussi la quête. Ils ont le sourire, dansent. Sur un air de « Blurred line » de Robin Thicke et Pharell Williams, ils chantent « mademoiselle, tu es belle. Comment tu t’appelles ? ».

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